© 1999 CIMBOM.ORG
par André Daoudal:
Apprentissage et consécration
mdeger (17/09/102)
En 1954, c'est un jeune italien au prénom de Franco qui tire au sort
en
sortant un
papier d'un chapeau : La Turquie est qualifiée pour la phase finale e
n
Suisse et
l' Espagne dirigée à l'époque par un autre Franco est écartée
.
En 2002, la Turquie troisième de la Coupe du monde au Japon. En 50 an
s quel chemin
parcouru ! Mais comment ? Et pourquoi ?
Après quelques succès en coupe d'Europe des clubs par Fenerbahçe
et Trabzonspor,
le grand bon en avant est effectué par Galatasaray avec en premier su
ccès sur Monaco
grâce à un joueur de talent : Tanju Colak. C'est le point de dépa
rt d'un club qui va faire
parler de lui sur le plan international jusqu'à sa victoire en coupe
de l'UEFA.
Succès important, pourquoi ?
Par la fin d'une période de doute chez les Turcs... Mais aussi à Is
tanbul par l'engagement
de joueurs étrangers, en particulier de joueurs roumains comme Hagi,
Popescu...
C'est ainsi que des talents vont naître par le contact de ces vedette
s certes sur la fin
de leur carrière, mais à l'expérience très utile pour des jeune
s qui prendront très
vite conscience de leur valeur propre. Ainsi on se rend compte maintena
nt que certains
éléments de l'équipe nationale peuvent soutenir la comparaison av
ec des vedettes du
football mondial, par exemple ; Hasan Sas, Umit Davala, Yildiray Bast
ürk, Ergün,
Rüstü, Emre, Tugay. Mais l'important est que l'équipe turque n'es
t pas un simple
alignement des stars, mais des stars qui ont mis au point un fond de je
u collectif, de
jeu construit, résultat du travail accompli par des formateurs et des
entraîneurs comme
Fatih Terim, Mustafa Denizli, Lucescu, Senol Günes. On peut aussi ajo
uter que la Turquie
n'a pas été avantagée par l'arbitrage en particulier contre le Br
ésil, mais...
Une certitude, c'est que le succès ne sera pas sans lendemain, et je
peux mesurer l'écart
entre la Coupe de 1954 à laquelle j'ai assisté et celle de 2002, en
tre la Turquie des
Turgay, Rober, Suat, Muzaffer, et l'actuelle Turquie que je pronostiqua
is, provoquant
les moqueries de mon entourage. Grâce aux joueurs turcs, j'ai pris un
e sorte de revanche.
Merci et j'espère que cette arrivée dans le concert mondial aura un
e suite, que ce football
mérite en particulier grâce à l'action d'un club qui a montré l
a voie, c'est-à-dire
Galatasaray.
André Daoudal
Le Palais du Ballon Rond
Andre Daoudal (22/08/99)
Arriver sur les rives du Bosphore un jour de fête et se noyer dans
la foule flâneuse de l'avenue Istiklal a de quoi fasciner n'importe quel
ressortissant de l'Ouest Européen. Au cour de cette première promenade,
me revinrent les remarques de Suat, mon voisin de table au lycée Janson,
chaque fois que nous empruntions le métro : « mais pourquoi ces gens
courent comme des fous ? ». Judicieuse remarque sur des personnes qui
ne savaient ni jouir du temps, ni des bienfaits de la patience. La vie des
hommes dans les cafés, l'air sérieux, égrenant le chapelet ou fumant le
narghilé, laissant supposer une chute dans un monde de penseurs et de
sages. Le contact des élèves du Lycée de Galatasaray m'obligea à modifier
cette impression.
Toutefois, les professeurs français vétérans du Lycée avaient adopté une
attitude empreinte de bienveillance et de compréhension, qui contrastait avec
la fougue et la véhémence du propos chez les nouveaux. Les « anciens
» étaient en quelque sorte des chaperons prodiguant aide et conseils aux
« bizuths », et le quartier de Cihangir était devenu un secteur d'assistances
tous risques.
Fort de ces recommandations et de ces consignes, le moment était venu de
voler de ses propres ailes, de laisser libre cours à ses passions. La première
de ces passions me permit d'évoluer dans un palais de sultans.
Le directeur du Lycée, sachant que j'étais footballeur pratiquant, me recommanda
au président du noble et vénérable club « Sari Kirmizi » (sang et or) et au siège de
Parmakkapi, l'accueil chaleureux me révéla aussi que la plupart des joueurs parlait
un excellent français. C'était une surprise agréable mais bien modeste par rapport à la suivante.
Invité à participer à l'entraînement, l'émerveillement fut double. Le terrain était
entouré des murs d'un ancien palais et j'allais me confronter avec les Pachas du
ballon rond: Gündüz, Bülent, Turgay qui avait vaincu les Allemands à Berlin, Naci,
Rober, Suat, Muzaffer, Dogan, Iskender... J'étais, bien entendu, loin de leur niveau,
mais l'indulgence de tous et la cordialité lors du déjeuner au siège, fit que je suis venu
plusieurs fois transpirer avec eux et abuser de leur gentillesse.
Plusieurs d'entre eux se qualifièrent pour la phase finale de la Coupe du Monde en
Suisse en faisant jeu égal avec l'Espagne et en obtenant leurs billets après un tirage
au sort à Rome : un jeune italien, Franco, tira le papier « Turquie », se moquant de
l'homonymie avec le chef de l'état espagnol.
A chaque retour à Istanbul, la nostalgie pointe à chaque coin de rue. Le « Seref
Stadyumu » est devenu un hôtel cinq étoiles - dont je tairais le nom pour ne pas être
taxé de publicité clandestine - Beyoglu en partie éventré pour laisser place à une large
avenue et Istiklal Caddesi privée de ses promeneurs nonchalants et de ses fumeurs de
narghilé, devenue l'un des secteurs d'une activité commerciale fiévreuse. Le pittoresque
se résume au tramway d'époque se limitant à un parcours Taksim - Tünel. Impossible
de dire, « mais où sont les neiges d'antan ? », formule très mal venue dans cette mégapole
où l'on rencontre une chaleur incontestable surtout lorsqu'on peut bredouiller quelques
phrases d'une langue que l'on n'a pas complètement oubliée.
Et si l'on parle de nostalgie, naît un paradoxe, celui du professeur qui remet sa copie à l'élève.
(*)André Daoudal a enseigné au Lycée de Galatasaray
Galatasaray, du Lycée à la Ligue des champions
André Daoudal (23/8/99)
Combien de joueurs turcs ont évolué dans le championnat professionnel français depuis 1945 ? Sans aucun doute, la réponse rapporterait gros à son auteur. En effet, un seul, venu des rives du Bosphore, a évolué à Nice au milieu des années 50. Il s’appelait Lefter et fut reconnu comme un ailier gauche de talent. De quoi s’étonner si on révèle que beaucoup d’autres ont été recrutés par des clubs de pays voisins et pas n’importe lesquels : Bülent à Palerme et à l’A.S. Roma, Metin à la Lazio, Can à la Fiorentina, Erhan au Bayern de Munich et au Standard de Liège, Mustafa à l’Ajax, Türkyilmaz dans plusieurs clubs suisses et à Bologne, Sekerlioglu et Engin à l’Austria de Vienne. Si l’on sait que plusieurs de ces joueurs appartenaient au club de Galatasaray, il y a de quoi s’interroger sur l’ignorance, d’aucuns oseraient dire condescendance, des recruteurs français vis-à-vis d’une source de qualité que d’autres n’ont pas laissé s’épancher en circuit fermé.
Pourquoi ce rapprochement entre Galatasaray et la France ? C’est qu’en 1481, le Sultan Bajazet II ouvre un foyer d’instruction qui a pour mission de préparer les cadres administratifs de l’Etat. Cet établissement prend le nom de Galata Sarayi (Palais de Galata, ancien quartier génois de Péra aujourd’hui Beyoglu) et qui, en 1868, devient le Lycée de Galatasaray où la plus grande partie de l’enseignement est effectuée en langue française. Nombre d’administrateurs, de diplomates, de ministres et d’hommes d’affaires sont issus de ce prestigieux établissement, et l’Amicale des anciens élèves, très active à Istanbul, a de nombreuses ramifications dans les grandes capitales, Paris, Londres, New York, Bonn, Vienne et Rome...
C’est aussi à la suite de la création, en 1905, par Ali Sami Yen, élève au lycée de Galatasaray, du club sportif que de nombreux élèves laissent les études au second plan pour prendre place dans l’équipe de football professionnelle qui se range très vite parmi l’élite. Quatre d’entre eux contribueront, en 1954, à l’élimination de l’Espagne de la phase finale de la Coupe du Monde en Suisse, en particulier le gardien de but, star de l’époque, Turgay Seren.
En fait, au cours des années passées, le football turc s’est surtout signalé par des exploits épisodiques dont, par exemple, Bordeaux devant Fenerbahçe (2-3, 0-0) et Lyon face à Trabzonspor (3-4, 1-4) conservent un amer souvenir. C’est principalement le parcours de Galatasaray en Coupe des champions avec l’élimination de Monaco en 1988-1989 (1-0, 1-1) et l’accès à la demi-finale perdue contre le Steaua de Bucarest (0-4, 1-1) qui retient l’attention. Depuis, Galatasaray a beaucoup progressé et a échoué de peu, lors de sa quatrième participation à la Ligue des champions, en 1998-1999, devant la porte d’accès aux quarts de finale laissant filer la Juventus au bénéfice seulement du goal average.
Pour avoir suivi un certain nombre de matches sur place, de championnat ou internationaux, il est probable que du peu d’échos qu’éveillent les exploits précités et du scepticisme qui, souvent, les accompagne, naît chez les joueurs turcs, en dépit de leur volonté de rivaliser et de procurer leur valeur, une forme de complexe qui pourrait, dans la Ligue des champions, s’estomper compte tenu des derniers résultats, et faire de Galatasaray un adversaire digne de respect. Ce serait, à n’en pas douter, un événement dans le monde de la balle ronde qu’un club considéré comme celui de l’élite intellectuelle et, paradoxalement, dont la popularité s’étend des rives du Bosphore à la totalité du territoire, devienne un interlocuteur reconnu.
André Daoudal
Les Cahiers du Football